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2-12-2020, 00:54 UTC
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Le château de Pecka
Par Astrid Hofmanova
Aujourd'hui, je voudrais vous inviter dans la petite ville pittoresque de Pecka, dans le district de Jicin, dominée par un château fort gothique du XIVe siècle. Je vous présenterai aussi une personnalité intéressante liée à l'histoire de ce château - Krystof Harant de Polzice et de Bezdruzice, aristocrate, voyageur et aventurier.
La ville de Pecka fut naguère une petite colonie de maisons en bois avec l'église Saint-Barthélémy dont les premières mentions datent de 1382. Le château qui la domine fut construit par les seigneurs de Vartenberg au début du XIVe siècle pour être reconstruit, partiellement, en style Renaissance au milieu du XVIe siècle.
Au début du XVIIe siècle, le château fut apporté en dot à Krystof Harant de Polzice et de Bezdruzice, aristocrate catholique qui se retrouva aux côtés des utraquistes au moment du soulèvement des états en 1618. Mais on en parlera encore.
Pendant deux siècles suivants, ses maîtres étaient des catholiques rigoureux. Au XVIIIe siècle, l'état du château ne cessait de se dégrader avant de brûler même en 1830. Après la Première Guerre mondiale, il est devenu la propriété de la ville. Bien que celle-ci ait fait de son mieux pour sa restauration complète, le château est resté une ruine romantique, seul le palais Harant s'est conservé avec une salle de concert, la galerie permanente de sculptures du natif de la région, Bohumil Kafka, est surtout le musée de son propriétaire le plus marquant, le seigneur de Polzice et de Bezdruzice. Les enfants seront certainement attirés par les secrets de la salle de torture qui abrite une riche collection d'instruments de torture...
Parlons maintenant de la personnalité de Krystof Harant (1564- 1621) qui ne fut pas un simple aristocrate tchèque de la Renaissance. C'était un homme aux grandes ambitions, cela non seulement dans le domaine politique. Il n'eut que douze ans, lorsqu'il arrive à Innsbruck où il se présente à la cour de l'archiduc Ferdinand II, frère de l'empereur Maximilien II. Il y apprend l'allemand, mais aussi le latin, le grec, l'italien et le français. Il s'intéresse à la géographie et l'histoire, mais il est fasciné aussi par les arts, dont notamment la musique. C'est pourquoi d'ailleurs Pecka est le théâtre chaque année, vers la fin de juin, d'un festival international de musique dédié à Krystof Harant de Polzice et de Bezdruzice. Avant d'atteindre l'âge de trente ans, il devient commandant d'une partie de l'armée tchèque en lutte contre les Turcs et passe cinq ans en Hongrie. Peu après son retour au pays, la roue de son destin se met à tourner à pleine vitesse. Sa femme meurt et lui, afin d'oublier cette tragédie personnelle, entreprend un voyage d'aventures qui va durer presque un an. Avec son ami, Herman Cernin de Chudenice, il quitte la Bohême au printemps 1598.
Les deux aventuriers passent par la Bavière et le Tyrol à Venise, ils visitent ensuite la Crète et Chypre avant de terminer leur voyage méditerranéen à Jaffa en Palestine. Ils se laissent armer chevaliers auprès du Saint- Sépulcre à Jérusalem et après avoir visité tous les lieux bibliques, ils se rendent en Egypte. Le retour en Europe est plein de souffrances pour Harant qui tombe malade à bord du bateau. A Noël, ils débarquent à Venise pour se hâter de rentrer en Bohême.
La roue du destin ne cesse de tourner pour Harant. Son aventure orientale terminée, il assiste à la mort subite de ses deux enfants. Il veut se remarier avec Barbora Mirkovska de Tropcice qui lui apporte en dot le château de Pecka. Malheureusement, sa femme aimée ne tarde pas non plus à partir pour l'autre monde. Le troisième mariage étant une pure déception, Harant cherche la consolation dans son plus grand amour - la musique. Il a son propre orchestre du château et il commence à composer. Ses compositions - le motet à six voix "Qui confidunt in Domino" ou la messe à cinq voix "Maria Kron" appartiennent aux plus belles pièces de musique de la Renaissance tchèque. Entre temps, Harant prépare une nouvelle expédition, mais il ne la réalise que sur le papier. En 1608, il publie à Prague un ouvrage en deux volumes où il décrit son voyage dans la Méditerranée et au Proche-Orient. Cette oeuvre lui assure une place d'honneur dans l'histoire de la littérature nationale. Comme il est doué de plusieurs talents, il accomapgne son livre de 150 dessins peints par lui-même. A l'époque, son vaste texte présenta une région inconnue et rarement visitée par les Tchèques, de même qu'innombrables observations originales de particularités politiques, religieuses, historiques, géographiques, ethnographique, faites d'un point de vue élevé d'un centreuropéen érudit qui ne manquait pas en plus de sens de l'humour. Pour ce qui est de ses illustrations, réalisées par un xylographe inconnu, elles saisissent avec une précision détaillée une réalité exotique inaccessible à l'Européen moyen à l'époque.
Mais les Parques ne dotèrent pas Harant seulement d'une intelligence exceptionnelle mais aussi de grandes ambitions. Il fut l'un des favoris de l'empereur Rodolphe II. En 1618 cependant, il quitte la doctrine catholique pour se retrouver aux côtés des utraquistes, cela au moment justement où la défaite tragique de ces derniers est déjà imminente. Au lendemain de la bataille de la Montagne Blanche, représentant la fin sanglante des derniers espoirs des états protestants, Harant est arrêté au château de Pecka. Il entreprend son dernier voyage, celui au bout duquel se trouve l'échafaud. Le jour fatal, le 21 juin 1621, il est décapité sur la place de la Vieille-Ville de Prague avec deux autres seigneurs, sept chevaliers et dix-sept bourgeois.
L'ironie du sort combla la mesure après la mort de Harant. Sa troisième femme se convertit au catholicisme et se maria à Herman Cernin qui avait accompagné Harant lors de son périple oriental. Le château de Pecka fut cédé au généralissime Albrecht de Wallenstein.
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