Même pour des gens laïques, l'atmosphère de ces fêtes a en soi quelque
chose d'exceptionnel. Les principaux symboles de Pâques sont omniprésents
autour de nous, nous rappelant de leur sens primitif: l'oeuf coloré en tant
que symbole de la vie qui se renouvelle sans cesse, l'agneau pascal comme
symbole du sacrifice...
Même si l'observation des rites chrétiens accompagnant toute la semaine
pascale est plutôt un privilège des Eglises, l'observation des attributs
et des coutumes traditionnelles reste toujours assez répandue parmi les
Tchèques: surtout à l'intention des enfants, on colore les oeufs, on leur
offre de petits cadeaux, on prépare des plats spéciaux... Des figurines
d'animaux en chocolat - poussins, levraux et oisons ne doivent pas manquer,
tout comme le petit agneau en pâte...
Pâques a trouvé une large expression dans la musique, que ce soit la
musique populaire ou spirituelle. Une composition de toute circonstance -
puisque Pâques est pour tout le monde le symbole du printemps, le
Printemps, une partie de la composition d'Antonio Vivaldi, Les Quatres
saisons.
Ceux qui veulent se familiariser avec les coutumes originelles de Pâques -
puisque leur image d'aujourd'hui est parfois assez éloignée de l'original
-peuvent aller visiter les musées d'art populaire qui ont préparé pour
cette occasion des programmes spéciaux. Ainsi, le musée ethnographique de
Prerov, en Bohême centrale, offre une exposition "Le printemps à la
campagne", illustrant les coutumes maintenues pendant des siècles dans
cette région fertile autour de l'Elbe. Mis en place déjà au siècle dernier,
lorsque la plus belle chaumière de Polabi y a été installée, le musée a été
agrandi de précieux monuments de l'art populaire qui nous informent sur la
vie et le travail des paysans.
Le plus ancien musée d'architecture populaire en plein air dans notre pays
est le musée de Valaquie à Roznov, en Moravie du nord-est, construit à
partir de 1924. Sont rassemblées là des constructions valaques en bois, la
plus ancienne date de 1660. Le visiteur peut y admirer des chaumières
pittoresques, des forges et des ruches, une église en bois, mais aussi une
auberge offrant ces jours-ci des plats typiques de Pâques.
Un autre endroit qui mérite d'être visité, la ville de Hlinsko, en Bohême
de l'est. Au centre même de cette ville se dresse un ensemble de belles
chaumières conservées en état originel, nommé Betlem.
Tout près de Prague, à Kersko, vous pouvez visiter un atelier forestier qui
offre des oeufs ornés à l'aide de diverses techniques, des tableaux
textiles aux motifs populaires de Pâques et beaucoup d'autres objets.
Au sujet des coutumes et des symboles de Pâques les plus répandus, il faut
dire qu'ils sont maintenus surtout à la campagne. Aussi, arrive-t-il non
seulement aux villageois, mais aussi à ceux qui passent les fêtes de Pâques
dans leur maison de campagne, que les filles sont visitées, lundi de
Pâques, par les garçons, qui les fouettent avec des tresses d'osier, pour
obtenir d'elles des oeufs colorés et de la pâtisserie de Pâques. On croit
que ces rameaux nouveaux redonneront aux jeunes filles de la force et de
la beauté. Certaines fois, le jeu n'en reste pas là et les filles, tout
habillées, sont jetées dans l'eau froide des ruisseaux ou des étangs, pour
rester fraîches et de ferme santé. On croit que l'eau, à Pâques, a des
effets miraculeux.
On croit aussi que l'ornement augmentera la force vitale de l'oeuf offert.
A l'origine, les oeufs étaient teints en rouge, couleur de la vie. Depuis,
les oeufs sont colorés à l'aide d'innombrables techniques dont la plus
fréquente, appelée le batik, consiste dans l'ornement à l'aide de cire
d'abeille chaude.
A cause de leur force vitale, les oeufs font partie importante de la
majorité des plats servis à Pâques. Parmi eux, la traditionnelle brioche
pascale, faite avec de la pâte levée, enrichie des raisins secs et des
amandes pilées, ne peut pas manquer sur la table. Déjà, sa forme ronde
revêt, elle-aussi, la valeur de symbole, celle du Soleil vivifiant qui
retourne. Tant qu'il est question de plats, ajoutons encore qu'on a
l'habitude, pareillement que pour les fêtes de NoÌl, de servir la carpe.
Un autre plat pascal typique, du porc fumé farci aux épinards ou, à la
surprise de certains, aux feuilles de lamier préparées à la mode des
épinards...
Non seulement des coutumes, mais aussi diverses superstitions sont
inséparables de Pâques. A part les effets miraculeux de l'eau froide déjà
mentionnés, le vendredi sain est le jour des sorcières, dont le pouvoir
dure jusqu'au samedi matin, ou les cloches des églises se mettent à sonner.
Une force purificatrice est adjugée aussi au feu. Ainsi, à Pâques, on brûle
l'hiver, représenté par des figurines en paille habillées de vêtements de
femme.
En Moravie orientale s'est maintenue, dans certains endroits, la coutume
propre plutôt au culte orthodoxe, celle de venir à Pâques à la tombe de ses
proches pour partager avec eux le repas de fête. Cette coutume, ainsi que
les fouilles archéologiques, autorisent l'hypothèse selon laquelle, à l'âge
de la pierre, les célébrations du printemps étaient le culte des morts.
Des temps païens se sont préservées des coutumes liées à la nature, à tous
les changements naturels, à la succession des saisons et aux phénomènes qui
les accompagnent. D'où probablement aussi la pleine lune printanière comme
dominante des fêtes de Pâques.
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