Émissions internationales de la Radio tchèque 
9-8-2020, 20:57 UTC
La partition de la Tchécoslovaquie : dix ans après
  Genèse, réalisation et ce qui en reste

La Tchécoslovaquie De nombreux changements sont intervenus, depuis que Tchèques et Slovaques se sont séparés, il y a de cela 10 ans. Les deux pays sont aujourd'hui aux portes d'une Union européenne lancée dans le plus ambitieux projet d'intégration que le continent ait connu.

Cela dit, il convient de relativiser cette partition. La Tchécoslovaquie était un Etat fédéral où chacun des pays avait son parlement (le conseil national) et son gouvernement, ce qui simplifia quelque peu la partition. Quant au Parlement fédéral, il légiférait pour les questions communes d'importance comme les finances, la défense nationale et les affaires étrangères. Cette partition n'a pas affecté l'ensemble du tissu économique. Etant donnée la grande interdépendance entre les deux républiques, plusieurs de leurs secteurs économiques et de leurs circuits commerciaux vont continuer à marcher comme du temps de la Tchécoslovaquie.

Le drapeau slovaque C'est ce qui fit dire, à plusieurs observateurs, que la partition était exclusivement politique. On a donné satisfaction aux foules slovaques, qui voulaient leur souveraineté, et laissé le monde des affaires en l'état.

Il n'empêche que l'exécution de la partition était une opération extrêmement compliquée. Il a fallu d'abord partager les biens de la fédération. Ce partage affectait des secteurs vitaux du pays comme l'armée, l'infrastructure pétrolière et de gaz, puis les réserves d'or de la Banque nationale tchécoslovaque. En somme, les biens de la fédération d'une manière générale. Venaient après les frontières, dont le traçage avait nécessité des changements de parcelles de territoires, de part et d'autre des lignes frontalières, puis la monnaie qu'il a fallu partager avant même la création des monnaies nationales à proprement parler. Tout ce partage a nécessité pas moins de cinq ans de négociations et de travail des experts.

Le drapeau tchèque Que faut-il, au plan européen et mondial, retenir, aujourd'hui, de cette partition de la Tchécoslovaquie ? Tout d'abord le fait qu'elle ait modifié sensiblement les frontières en Europe. La Tchéquie n'a plus de frontières avec la Russie et la Hongrie. Ensuite et surtout, le caractère pacifique et scientifique de cette partition. S'il y avait eu " yougoslavisation " de la Tchécoslovaquie, il n'y aurait pas eu d'extension de l'Union européenne telle que nous la connaissons aujourd'hui, voire pas du tout, et pas d'élargissement de l'OTAN non plus. Le flux de capitaux, à son tour, aurait fui l'Europe centrale, pour une raison simple : un conflit tchécoslovaque aurait fait règle l'exception yougoslave et nourri, pour Dieu sait combien de temps, la suspicion à l'égard de l'Europe centrale, en tout cas.

S'adressant, à l'époque, à un journaliste qui lui demandait pourquoi dissoudre la Tchécoslovaquie qui, de toute façon, allait se fondre dans l'Union europénne, le Premier ministre tchèque, d'alors, Vaclav Klaus, fit cette bien sage réflexion : " Vaudrait mieux aller vers l'Europe avec deux Etats séparés mais sains, qu'avec une Tchécoslovaquie malade ". Aujourd'hui, l'histoire lui donne raison. Elle lui donne raison, car, comme l'a rappelé le président Jacques Chirac, lors du dernier sommet de l'OTAN à Prague, l'Union européenne n'importe pas en son sein des conflits.


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