Émissions internationales de la Radio tchèque 
21-4-2019, 10:12 UTC
Radio Prague - 65 ans
  Naissance des émissions destinées à l'étranger

Le bâtiment de la station radiotélégraphique de Podebrady où les émissions en ondes courtes commencèrent, en 1936. Le gouvernement tchécoslovaque se rendait bien compte de ce qu'il ne disposait pas d'instrument efficace pour faire front à la propagande ennemie, sur les ondes radiophoniques. Les conférences en langues étrangères de Radiojournal, diffusées en petites ondes, n'étaient pas une arme qui pouvait satisfaire à cette intention.

Ceci dit, des émissions en ondes courtes existèrent, pendant un certain temps, sur le territoire tchèque : dans les années 1924 - 1927, la firme pragoise, Elektra, testait les tubes électroniques d'émission dans les bandes d'ondes courtes. Les émissions purent être captées jusqu'en Grande-Bretagne.

Les émetteurs ondes courtes à la station radiotélégraphique de Podebrady Tout ceci donna l'idée, au début des années trente, au ministère tchécoslovaque des Affaires étrangères, de créer des émissions en ondes courtes qui auraient une bonne audibilité à l'étranger. Ces efforts sont bien illustrés par un mémorandum du ministère des Affaires étrangères, de la fin de l'année 1934, sur l'utilisation de la radio pour la promotion de l'Etat, dans lequel le ministère met en relief « le besoin de créer une station en ondes courtes. Celle-ci permettrait une promotion à l'étranger, susceptible d'être compréhensible dans les Etats tels que l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie et l'URSS ». Le ministère des Affaires étrangères faisait remarquer, aussi, la possibilité d'un contact durable avec les originaires de Tchécoslovaquie, en Amérique du nord, et il proposa que la création d'une station en ondes courtes soit exempte de la responsabilité du ministère des Postes et Télégraphes, cette question devant être perçue en tant que mesure extraordinaire, en vue de la défense de l'Etat. C'est en 1934 déjà, que le ministre des Postes et Télégraphes annonça au Parlement qu'une station de diffusion en ondes courtes allait être édifiée dans la ville de Podebrady, pour la promotion de la République tchécoslovaque, à l'étranger. A en juger d'après la presse de l'époque, un budget de 3,5 millions de couronnes fut débloqué, à cette fin.

L'installation d'émetteurs et d'antennes ondes courtes fut entamée, en 1935, à la station radiotélégraphique de Podebrady. Elle appartenait au ministère des Postes et Télégraphes. La station, connue à Podebrady sous le nom de « Radiovka », fut édifiée, en 1923. En 1936, fut achevée l'installation des deux émetteurs : Marconi et SWB9/30. L'émetteur SWB9/30 avait une puissance de 34 kW et fonctionnait sur les longueurs d'ondes de 13 à 100 m. C'est ce dernier émetteur qui fut utilisé pour les émissions radiophoniques.

Eduard Svoboda, directeur technique de la Radio tchécoslovaque, qui ouvrit, le 31 août 1936, les émissions destinées à l'étranger Les essais des émissions, durant plusieurs heures, débutèrent le 24 juillet. Les 13 et 14 août, les émissions couvraient 24 heures. On diffusait de la musique enregistrée sur disques, interrompue une fois toutes les vingt minutes par des annonces en plusieurs langues. Les disques furent diffusés d'un studio improvisé directement à l'émetteur de Podebrady. Le 31 août, à 10 heures, est la date du début des émissions régulières. Elles furent réalisées au studio de la Radio tchécoslovaque à Prague. Ce fut un mélange de musique enregistrée et d'interventions de speakers, en plusieurs langues, diffusées en direct. Les émissions de Prague furent inaugurées par une intervention en anglais du directeur technique de la Radio tchécoslovaque, Eduard Svoboda. Cette date est considérée comme celle de l'ouverture des émissions destinées à l'étranger.

Blatnerfon Les objectifs essentiels des émissions destinées à l'étranger furent formulés en 1936 par le ministre des Postes et Télégraphes, Alois Tucny, de la manière suivante : « L'émetteur radio de Podebrady constituera un complément du réseau radiophonique général tchécoslovaque et ses émissions seront donc assurées par la société radiophonique, Radiojournal. Il va de soi que la station mettra amplement à profit - à l'instar des émissions en ondes courtes existant à l'étranger - les nouvelles et les informations réalisant la promotion de l'Etat à l'étranger, dans les principales langues étrangères, ainsi que des programmes spéciaux, destinés aux Tchèques et aux Slovaques vivant à l'étranger, fixés dans des pays où notre station radiophonique ne peut être captée. L'importance de la mission de la nouvelle station en ondes courtes consistera encore en autre chose : elle ouvrira à notre culture, en particulier à notre musique, de nouvelles portes dans le monde et nous permettra de montrer, par le biais de cette compétition amicale avec les autres Etats européens, dans quelle mesure nous sommes à même de contribuer à l'épanouissement de la formation humaine générale ».

Dans les premiers jours, les émissions en ondes courtes durèrent au total 6 heures par jour, étant réparties en trois blocs de deux heures : de 10 à 12, de 17 à 19 et de 20 à 22 heures. A partir du 13 septembre, les émissions furent divisées en émissions européennes (de 20h25 à 22h30 ) et en émissions américaines (de 3 à 5 heures du matin, seulement le mardi et le vendredi) et c'est à cette date que remonte le début de la diffusion des bulletins d'informations.

La speakerine Zdenka Walló Au début, le programme fut composé essentiellement de concerts enregistrés sur le dit Blatnerfon, prédécesseur du magnétophone. C'était un appareil lourd et de grandes dimensions, destiné à l'enregistrement magnétique du son, sur une fine bande d'acier. L'enregistrement de la parole fut donc minoritaire. C'est en direct, que l'on diffusait les interventions verbales. Il s'agissait de la présentation des programmes et des bulletins d'informations (les émissions vers l'Europe : en tchèque/slovaque, allemand, français et anglais, les émissions vers l'Amérique : en tchèque/slovaque, anglais, occasionnellement, en ruthin.) En ce qui concerne la forme verbale, la priorité fut donnée à des conférences, d'abord uniquement en tchèque, moins en anglais. La section des ondes courtes de la Radio tchécoslovaque possédait son siège dans deux bureaux, situés dans une maison adjacente, derrière le bâtiment principal de la Radio tchécoslovaque. Près de huit personnes y travaillaient. Parmi elles, Mme Zdenka Walló, speakerine connue de la Radio tchécoslovaque qui, grâce à ses connaissances des langues, se mit à travailler, aussi, pour les émissions en ondes courtes.

La speakerine H. Kronská « C'est en 1936, que j'ai commencé à travailler pour la section d'ondes courtes de la Radio tchécoslovaque. Je m'occupais du courrier. Un jour - c'était encore en 1936 - on est venu me proposer de remplacer la speakerine Zdenka Walló qui était tombée malade. Ma première émission s'est bien passée et, depuis celle-ci, jusqu'en 1939, je ne m'occupais plus uniquement du courrier, mais je travaillais aussi comme speakerine. On annonçait en direct ce que les auditeurs allaient écouter, puis c'était le tour d'un bulletin d'informations, suite à quoi je faisais un signe au technicien qui diffusait l'enregistrement concerné, du Blatnerfon. Le tout se répétait, successivement, en d'autres langues : en allemand, en anglais et en français. Nous, les speakers, devions présenter les annonces en toutes les langues ».

Outre les émissions vers l'Europe et l'Amérique, les programmes (de 10 à 12 et de 17 à 19 heures), repris des émissions « du pays » du Radiojournal, étaient diffusés en ondes courtes.

La répercussion des émissions de Radio Prague fut encourageante. C'est dans les premiers jours du mois de septembre, déjà, que des lettres d'auditeurs commencèrent à arriver et, avant la fin de l'année 1936, on en avait reçu 4 443. 267 lettres parvinrent de compatriotes, dont près de la moitié de l'Amérique du nord. Helena Kronská se souvient de ce que toutes les lettres furent soigneusement enregistrées : « Les lettres venaient du monde entier, surtout d'Angleterre et d'Amérique. J'écrivais des réponses et j'avais la charge du fichier de l'ensemble de nos correspondants. J'apportais les relevés au directeur technique de la Radiodiffusion tchécoslovaque, Eduard Svoboda, qui s'intéressait vivement à l'endroit où les émissions étaient captées, et à la manière dont elles étaient reçues ».


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