Émissions internationales de la Radio tchèque 
17-3-2010, 03:20 UTC
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Sidonie Nadherna - la baronne et mécène d'artistes célèbres
Par Jaroslava Gissübelova
La baronne a vécu une vie riche, mouvementée et splendide, comme si elle y était prédestinée par son nom, Nadherna, qui veut dire la Splendide, en tchèque. Dans son destin se reflétaient les péripéties subies, dans le courant de ce siècle, par la nation tchèque. A plus forte raison que Sidonie Nadherna était d'origine noble. Chassée d'abord par les nazis, puis par les communistes, de sa ville natale de Vrchotovy Janovice, elle ne pouvait même pas y être enterrée comme elle le souhaitait dans sa volonté.
La baronne est morte loin de sa patrie, à Londres, où l'avait conduite son bref exil qui n'a duré qu'un an. L'inscription en deux langues, tchèque et anglaise, gravée dans la pierre de sa sépulture, était laconique: "Où est ma maison, où est ma patrie". La réponse ne lui allait être donnée que 50 ans plus tard. Sa dépouille a été, le mois dernier, déposée au cimetière de Vrchotovy Janovice, près du château familial. L'importance de l'événement a été accentuée par la présence des ministres de la Culture tchèque et allemand, Pavel Dostal et Michael Naumann, de la vice-présidente de la Bundestag, Antje Vollmer, et celle des représentants de la Grande-Bretagne et de l'Autriche.
Dans les années 20 de ce siècle, Sidonie Nadherna a été une personnalité connue qui s'est fait remarquer surtout comme amie et mécène d'artistes célèbres. Elle est née en 1885 dans une famille d'aristocrates qui a acquis le titre de noblesse seulement en 1838. C'était le grand-père de Sidonie, un commerçant habile, qui a gagné sufisamment d'argent pour pouvoir s'acheter la particule de Borutin. Dès l'âge de dix ans, Sidonie grandissait sans son père. Elle parlait l'allemand, l'anglais, aimait les littératures et rêvait d'une vie de grande femme de lettres.
Bien que d'une grande beauté et en dépit de nombreuses demandes en mariage, elle est restée assez longtemps célibataire. Elle ne s'est mariée qu'après le premier conflit mondial, en épousant Maxmilian Thun-Hohenstein, dont elle a fait conaissance en faisant du patin. Or, leur union n'a pas duré longtemps - six mois plus tard, Sidonie l'a quitté.
Dans les années suivantes, Sidonie Nadherna s'est liée d'amitié et est devenue mécène d'artistes célèbres. De son château de Vrchotovy Janovice, elle a fait le lieu de rencontres d'éminentes personnalités de la vie culturelle et politique non seulement tchèque, mais aussi européenne. Ses hôtes les plus célèbres ont été, entre autres, le peintre Max Svabinsky, l'architecte Adolf Loos, la petite-fille du Président Masaryk, Anna, le comte Lobkowicz, mais surtout le poète Rainer Maria Rilke dont les oeuvres de jeunesse sont proches des romans de Kafka, sans oublier le dramaturge autrichien, Karl Kraus. Pendant presque 40 ans, son salon au château de Janovice a été une source d'inspiration pour une pléiade de personnalités de la culture autrichienne, allemande, anglaise, tchèque et aussi française.
Avec le temps, la baronne s'est retrouvée dans un isolement de plus en plus grand, non seulement du monde qui la fréquentait, mais elle est restée aussi la seule de toute sa famille. Dans cette situation, elle s'est mise à rédiger une chronique de Vrchotovy Janovice, sa ville natale non loin de Benesov, au sud de Prague, dominée par son château, primitivement forteresse gothique, remanié au 19ème siècle dans le style néo-gothique.
La Seconde Guerre mondiale a exposée Sidonie Nadherna à une épreuve cruelle. Après l'occupation de la Tchécoslovaquie, en mars 1939, le château a été confisqué par l'armée allemande. La baronne s'est réfugiée dans la commune voisine, où elle attendait la fin de la guerre. Après le putsch communiste de 1948, Sidonie Nadherna est partie en exil, à Londres, où elle est morte, un an après. En dépit de sa volonté, elle a été inhumée au cimetière anglican de Denham, près de Londres. Seulement un demi-siècle plus tard, la baronne tchèque célèbre est retournée là où elle était née...
Dans l'histoire tchèque, le transfert des dépouilles mortelles n'est pas une chose rare. Plusieurs rois ou saints tchèques ont changé, parfois plus d'une fois, le lieu du dernier repos. Un record en ce sens, pour ainsi dire, revient au roi Jean de Luxembourg, dont les os ont littéralement parcouru l'Europe et n'ont trouvé le repos qu'il y a quelques années, dans la crypte de la cathédrale Saint-Guy, au Château de Prague. Parmi les saints tchèques, c'est Adalbert, certes, qui a fait le plus long pèlerinage posthume. Après sa mort martyre en Pologne, il y a été enterré, en 997, et un demi-siècle plus tard, le prince Bretislav 1er est venu chercher ses reliques pour les amener à Prague.
Les déplacements des dépouilles ne sont pas une affaire du moyen âge uniquement. Après l'occupation nazie, en 1938, le grand poète tchèque, Karel Hynek Macha, a été transféré, pour des raisons patriotiques, de la ville de Litomerice occupée et inhumé au cimetière national de Vysehrad, à Prague.
Après 1989, les cendres de plusieurs artistes, étant partis en exil pour des raisons politiques, ont pu retourner dans leur pays natal. Tel le cas de l'acteur Jiri Voskovec qui a fini ses jours en Amérique et qui repose maintenant à Prague. De la Suisse, on a déplacé la dépouille du compositeur Bohuslav Martinu.
Un chapitre à part est celui de Jan Palach. Le corps de ce martyr du Printemps de Prague décédé des suites des brûlures a été exhumé de la tombe au cimetière pragois d'Olsany, incinéré, et les cendres déposées en secret dans sa commune natale de Vsetaty. C'est ainsi que le régime communiste a voulu faire oublier Palach et son acte. Seulement après novembre 89, la sépulture de Jan Palach au cimetière d'Olsany a été renouvelée.
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