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6-12-2019, 23:49 UTC
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Jaroslav Foglar - l'écrivain
Par Vaclav Richter
Plusieurs générations de lecteurs ont aimé les ouvrages de l'écrivain tchèque, Jaroslav Foglar. Il a été et il est toujours l'ami des garçons, des hommes mûrs et des vieux. Il serait difficile de trouver dans notre pays un homme qui n'aurait pas été touché, dans sa jeunesse, par le charme sobre et salutaire des écrits et des bandes dessinées de cet auteur très spécial. Le fait que Jaroslav Foglar n'est plus, ne peut rien y changer. Bien qu'il nous ait quittés, le samedi 23 janvier, à l'âge de 91 ans, bien que son oeuvre soit close, sa disparition ne peut pas nuire vraiment à son immense popularité.
La première tentative littéraire de Jaroslav Foglar date de 1920. A l'âge de 13 ans, il a publié dans un journal un poème intitulé "Une nuit de lune". Et c'est au cours de la même année qu'il a découvert le scoutisme, mouvement qui devait le marquer à vie. Sept années plus tard, il a commencé à publier des contes sur la vie des campeurs. Les scouts l'ont surnomé Epervier, sobriquet qui n'allait pas du tout avec sa nature paisible. Son premier livre intitulé "Les appels du port" est paru aux éditions Melantrich en 1934. En 1938, il a lancé le premier épisode d'une bande dessinée "Les Flèches rapides", projet modeste à l'origine qui ne devait avoir que deux ou trois épisodes, et qui allait devenir la bande dessinée la plus populaire dans le pays et atteindre finalement 315 épisodes.
Il a écrit ses livres pour la jeunesse pendant toute sa longue vie. Leurs titres mêmes illustrent les sujets et les inspirations de cet auteur prolifique: "En lutte pour la première place", "Les Garçons de la Rivière des castors", "Une cabane dans la Vallée du lac", "Sous le drapeau des scouts", "Chronique de la trace perdue", "Notre troupe", "L'année scout", etc. Paralèllement, il écrivait aussi les scénarios pour la série Les Flèches rapides, mais aussi pour d'autres bandes dessinées comme par exemple: "La grotte de Saturne", "Le ravin bleu", "Un camarade perdu", "La Vallée d'or", "Le signe de feu". Il sera bien difficile de dresser la liste complète de toutes les oeuvres de Jaroslav Foglar et de faire le bilan de toutes ses activités. Il ne devait jamais manquer de lecteurs.
En effet, la célébrité de cet auteur qui écrivait pour les garçons, ne s'est pas fait attendre. Elle était presque immédiate et vertigineuse. Comment expliquer le phénomène Foglar? Serait-il doué d'un talent littéraire tellement irrésistible? Son succès résiderait-t-il dans sa personnalité? Le secret de Jaroslav Foglar semble être ailleurs. "Je ne me considère pas comme une personnalité, a-t-il déclaré. Je suis un homme normal, ma pensée n'a pas beaucoup changé depuis le temps où j'étais gosse." Oui, la cause principale du succès de cet écrivain réside sans doute en cela.
Son coeur est resté, au fond, celui d'un petit garçon. On dit d'ailleurs que la majorité des hommes gardent le coeur de petit garçon, bien qu'il soit soigneusement caché sous l'apparence d'une maturité sans faille. Jaroslav Foglar, lui, osait l'avouer. Cela expliquerait aussi pourquoi aujourd'hui les hommes de toutes les catégories d'âge ne peuvent pas s'empêcher de parler de l'écrivain de leur jeunesse avec un regard malicieux et un certain attendrissement. Il ne faut pas oublier non plus qu'en écrivant ces livres, Jaroslav Foglar a rempli un certain vide. Ce vide d'ailleurs était ressenti avant tout par lui. "Depuis ma tendre jeunesse, a-t-il dit, je cherchais un livre dans lequel je pourrais apprendre ce que je suis, si je suis un bon à rien, ou un garçon capable. Mais tous les livres que j'ai eu sous la main ne parlaient pas de garçons mais de grandes personnes. Alors, j'ai pris la décision d'écrire moi-même un tel livre quand je serais grand." Jaroslav Foglar est donc un de ces hommes rarissimes qui ont rempli les promesses qu'ils s'étaient données dans leur enfance. Plus, il a sacrifié toute sa vie pour remplir cette promesse.
"Ils voulaient quelque chose et ne savaient pas exactement quoi. Ils cherchaient des histoires à vivre, ils cherchaient l'aventure des livres qu'ils avaient lus, mais ils ne trouvaient rien." C'est ainsi que Jaroslav Foglar caractérise les états d'âme des petits héros au début de son livre "Les garçons de la Rivière des castors". Et il a satisfait ce désir d'aventure de ses petits héros en créant le personnage un peu mystérieux de Rikitan qui donne à ce désir une forme concrète, qui entraîne les garçons dans l'aventure et qui porte en lui aussi un message: on n'est pas obligé d'aller chercher l'aventure à l'autre bout du monde, elle est à portée de main, il suffit de la saisir. Ainsi, les héros des livres de Jaroslav Foglar, qu'ils soient scouts dans des colonies de vacances, qu'ils vivent dans le paysage urbain, partent à l'aventure. Ils luttent avec des garçons de clans ennemis, ils découvrent la nature et ils dévoilent de divers mystères tout en cultivant l'amitié et les vertues de scouts véritables. Ce n'est pas d'ailleurs facile car ils sont obligés, bien sûr, de subir toutes sortes d'épreuves, dont l'épreuve du silence qui est la plus difficile, car elle oblige les garçons à ne pas parler pendant quelque temps.
Il faut dire que, dans ses livres, Jaroslav Foglar humanisait en quelque sorte le scoutisme et lui donnait un caractère plus libre et, si j'ose dire, plus démocratique qu'à l'ordinaire. Ses héros et surtout ceux de la série des Flèches rapides sont liés plus par l'amitié que par la discipline et prennent des décisions communes en cherchant un consensus. Pendant une grande partie de sa vie, Jaroslav Foglar avait l'occasion d'ailleurs de mettre en pratique sa conception originale du scoutisme. A partir de 1925, il était chef d'une troupe de scouts qui allait adopter le nom d'un de ses livres "Les garçons de la Rivière des castores". Un des membres de la troupe, Rudolf Zahradnik, aujourd'hui président de l'Académie des Sciences tchèque, se souvient: "Le désir des garçons de vivre des aventures romantiques est immortel. Jaroslav Foglar a réussi à encadrer ce désir dans un espace où chacun trouvaiet sa part. Cet espace était en même temps empreint du sens de l'honneur et de la justice - qualités dont nous ressentons aujourd'hui si souvent l'absence. Celui qui savait être ouvert à tout cela, a appris dans sa jeunesse les principes élémentaires de la morale pour toute sa vie. Foglar était un éducateur original qui a consacré sa vie à son rêve, et il était en plus capable de transmettre son rêve aux autres."
Jaroslav Foglar était loin de jouir pendant toute son existence des faveurs des puissants. Au contraire, bien qu'apolitique, il ne pouvait publier librement que pendant quelques courtes périodes - vers la fin des années trente, juste après la Deuxième Guerre mondiale, un peu dans les années soixante et dans la dernière décennie de sa vie lorsqu'il était déjà affaibli par le grand âge et la maladie. Les nazis ne le supportaient pas et les communistes ne pouvaient pas le souffrir. On lui reprochait parfois aussi une certaine trivialité de ses écrits et le schématisme dans la peinture de ses personnages. C'était sans doute vrai, mais on oubliait parfois que Foglar n'écrivait pas pour les grandes personnes et que c'est grâce à une certaine simplification propre aux enfants qu'il réussissait à pénétrer dans l'âme de ses lecteurs.
Ceux-ci d'ailleurs lui témoignaient toujours leur admiration. Interdit de publication, Foglar restait quand même un des auteurs les plus lus. Ses livres et les cahiers des Flèches rapides, souvent en état d'extrême usure et presque déchirés, circulaient parmi les jeunes avec une fréquence extraordinaire dans les années 40 sous l'occupation allemande aussi bien que dans les sombres années 50 ou dans les années 70 et 80 sous l'occupation russe. En lui interdisant de publier, on n'a fait qu'attiser l'intérêt pour ses oeuvres.
Quand j'ai parlé des raisons de sa popularité, je n'ai peut-être pas assez souligné l'aspect romantique de son oeuvre qui faisait vibrer la corde secrète dans la poitrine des jeunes. Il en était d'ailleurs conscient. "Je vois un certain danger dans l'influence de la technique qui risque de rendre trop sobre l'esprit des jeunes, a-t-il dit. Mais je ne le crains pas trop. Mes histoires sont lues aussi par les enfants d'aujourd'hui, car chaque jeunesse est romantique, qu'elle le veuille ou non."
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